Lina CAVALIERI

 

Lina Cavalieri dans Siberia (Stephana) lors de la première à l'Opéra de Paris (photo Bert) [le Théatre, décembre 1911]

 

 

Natalina Adelina CAVALIERI dite Lina CAVALIERI

 

soprano français

(Viterbe, Latium, Italie, 25 décembre 1874 – Florence, Italie, 08 février 1944)

 

Fille de Florindo CAVALIERI (1842 – Rome, 25 octobre 1909), ouvrier, et de Teonilla PECONI (Onano, Italie, 1848 – Rome, 1931), couturière.

De sa liaison avec Arrigo MOLFETTA, professeur de chant, est né Alessandro MOLFETTA (1892–1993).

Epouse 1. à Paris 8e le 18 juin 1910* (divorce le 03 janvier 1912) Robert Winthrop CHANLER (New York, 22 février 1872 – Woodstock, Etats-Unis, 24 octobre 1930), artiste peintre américain.

Epouse 2. à Paris 8e le 01 mai 1915* (divorce le 18 juillet 1927, transcrit à Paris 8e le 17 décembre 1927*) Lucien MURATORE (1876–1954), ténor.

Epouse 3. Arnaldo PAVONI dit Paolo d’ARVANNI (Rome, 1892 – Florence, 08 février 1944), impresario et secrétaire.

 

 

Née dans une famille pauvre, elle avait commencé par être danseuse, et elle obtint à Paris un succès de beauté lorsqu'elle se montra, aux Folies-Bergère, dans divers ballets (1893, 1894). En 1897, elle eut une liaison avec le prince Aleksandr Vladimirovitch Baryatinsky (Saint-Pétersbourg, Russie, 22 mai 1870 – Florence, 06 mars 1910), très riche officier russe qui dépensa des sommes considérables pour elle et voulu l’épouser. En 1900, elle décida de devenir cantatrice, travailla le chant avec Mme Mariani-Masi, et commença une carrière internationale en débutant au Théâtre royal de Lisbonne en décembre 1900 dans I Pagliacci (Nedda). De Lisbonne elle se rendit à Naples, à Ravenne et à Palerme, où son succès fut grand ; elle se fit ensuite applaudir à Varsovie et à Saint-Pétersbourg, dans la Vie de Bohème, la Traviata, Rigoletto, etc. A l’Opéra de Monte-Carlo, elle créa le 14 février 1905 Chérubin (l’Ensoleillad) de Jules Massenet. Elle reçut un accueil flatteur du public parisien lorsque celui-ci la revit, auprès de Caruso, dans la troupe lyrique italienne qu'Edouard Sonzogno avait amenée en 1905 au théâtre Sarah-Bernhardt ; dans un opéra de Umberto Giordano, Fedora, tiré du drame de Sardou, elle fit preuve d'un réel sentiment dramatique dans le rôle de la princesse Fedora le 13 mai 1905. Elle retourna ensuite en Italie, joua Manon à Rome, et alla de nouveau se faire entendre à Saint-Pétersbourg. En 1913, elle épousa le ténor Lucien Muratore et se produisit avec lui, notamment à l’Opéra de Chicago. Elle quitta la scène en 1920 et fonda à Paris un Institut de beauté en 1922. Elle a écrit ses souvenirs, le Mie verità, rédigés par Paolo d’Arvanni (1936).

En 1907, elle habitait 22 avenue de Messine à Paris 8e (son propriétaire était le baron de Langsdorff). Elle est morte à soixante-neuf ans, avec son troisième mari sous le bombardement de Florence en 1944. Elle est enterrée au cimetière de Campo Verano à Rome.

 

Elle ne doit pas être confondue avec le soprano italien Elda CAVALIERI (Naples, 1876 –).

 

=> My secrets of beauty, par Lina Cavalieri (1914)

 

 

 

Sa carrière à l'Opéra de Paris

 

En représentation, elle y débuta le 17 juin 1907 dans Thaïs (Thaïs).

 

Elle y chanta la première le 20 octobre 1910 de Fedora (princesse Fedora) d'Umberto Giordano [en italien, 2e acte seul] au cours d’un gala au bénéfice du Monument Sardou ; le 09 juin 1911 de Siberia (Stephana) de Giordano [version française de Paul Milliet].

 

 

 

 

Lina Cavalieri

 

 

 

Lina Cavalieri dans Manon (Manon)

 

 

 

Lina Cavalieri en 1905 [photo Reutlinger]

 

 

 

En 1896, débutait sur la scène des Folies-Bergère une exquise napolitaine, « la belle Cavalieri », qui chantait d'une voix menue mais charmante les romances populaires de son pays. Les Parisiens fêtèrent la jolie italienne qui, devenue étoile de music-hall, s'en fut, en Russie pour y cueillir lauriers et roubles.

Mais l'ambition, une volonté tenace et un travail acharné transformèrent rapidement la chanteuse en cantatrice. Huit mois après avoir quitté son tambourin, Mlle Cavalieri paraissait au San-Carlo de Naples dans la Vie de bohème.

L'accueil réservé de ses compatriotes lui imposa de nouveaux efforts récompensés alors par de réels succès à Florence, à Gênes, à Milan et dans beaucoup de grands théâtres d'Italie.

Après un second et triomphal exode à Saint-Pétersbourg, elle vient au mois de février à Monte-Carlo pour y créer, en français, le rôle de l'Ensoleillad dans Chérubin, l'exquis opéra-comique du maître Massenet.

La « belle Cavalieri » soutint victorieusement son rôle et ne dépara pas, loin de là, le remarquable ensemble artistique formé par Mmes Mary Garden, Marguerite Carré, MM. Renaud et Lequien. C'était la consécration d'un talent si laborieusement acquis, talent qui s'affirma de nouveau à Paris, au mois de mai, lors des représentations italiennes au théâtre Sarah-Bernhardt, où elle se trouva aux côtés de son compatriote le célèbre ténor Caruso...

(le Tout-Théâtre, 1905)

 

 

 

 

Lina Cavalieri dans Thaïs (Thaïs) en 1907 [photo Reutlinger]

 

 

Réunir la beauté et la voix, et porter encore un nom qui semble en résumer à lui seul la fierté et la distinction spontanées, quel rêve !... Être arrivée par le travail et l'intelligence, et non par les dons seuls, à la plus haute place où puisse prétendre une artiste lyrique, quel exemple !

Oui, quel rêve et quel exemple que la carrière de cette Romaine où s'est incarnée pour ainsi dire toute la beauté d'une race, et toute sa volonté aussi et son goût artistique ! Lina Cavalieri..., c'est la grâce et l'énergie guidées par un goût parfait. Je la vois encore, et il me semble que c'était hier, égrenant, d'une voix de charme, d'un sourire délicat, ces chansons napolitaines où vibre l'émotion et la joie ensoleillée de l'Italie, et agitant, d'un geste fin, le tambour de basque qui en relevait le rythme séduisant... Mais qui donc surgit en ce moment dans ma mémoire, dont les premiers pas vers l'art furent aussi marqués du rythme des chansons ? Qui donc, si n'est notre grande Rachel, la plus noble, la plus artistique des tragédiennes ! Décidément, la vie est un perpétuel recommencement.

Et, comme Rachel, Lina Cavalieri ne vibrait qu'au contact de son art. Sa physionomie « lointaine », indifférente et triste même, comme perdue en un rêve, surprenait d'abord, puis attachait les observateurs. Quel travail latent et mystérieux cachait cette tête exquise, au calme sculptural ? Vers quelles régions inconnues ce rêve menait-il cette jeune fille, si naturellement poétique, si nécessairement harmonieuse ?...

Soudain, on ne la vit plus, on ne l'entendit plus, elle disparut : elle avait trouvé sa destinée, le rêve prenait corps, le petit oiseau chanteur allait faire place à la cantatrice, à la tragédienne lyrique..., elle travaillait. Cette voix, cette voix de sa race, qui n'avait jamais connu l'effort et les faux principes, bien loin de se fatiguer, s'était fortifiée, développée, épurée encore par l'exercice naturel. Un jour, elle s'essaya sur la scène, elle réussit..., elle n'en travailla qu'avec plus d'ardeur.

C'est dans les derniers jours de l'année 1900, il n'y a pas encore sept ans de cela, que Madame Lina Cavalieri se résolut à tenter sa chance au théâtre : Elle fut la gracieuse et dramatique Nedda, des Paillasses, à l'Opéra de Lisbonne. Mais déjà elle avait fait choix d'un professeur excellent et sûr, pour qui la carrière n'avait plus de secrets, Madame Mariani-Masi, la créatrice de la fameuse Gioconda de Ponchielli et de bien d'autres héroïnes de la scène lyrique. Cinq ans, elle travailla sous sa direction avant de passer aux mains de ce maître admirable qu'est M. Jean de Reszké, dont elle suit les conseils depuis ces deux dernières années. Ajoutez les suggestions spontanées de son instinct et de son goût à elle, et vous trouverez peu de natures d'artistes qui soient mieux trempées pour la lutte... et la victoire.

La seconde tentative de la débutante eut lieu à Naples, au théâtre San-Carlo, en 1901 : elle fut décisive et triomphale. C'était le rôle exquis de Mimi, dans la Bohème de Puccini, que Madame Cavalieri avait choisi cette fois, et à peine ai-je besoin d'ajouter que c'est un de ceux à qui elle est restée le plus constamment fidèle : : la grâce enjouée, la tristesse, l'ingénuité passionnée du personnage, cette souplesse et cette mobilité toujours sincères, ne sont-ce pas là les aspects de caractère qu'elle rend, qu'elle vit le plus naturellement ? Elle y ajoute, du reste, en cela différente de plus d'une des interprètes courantes de ces rôles, une distinction naturelle qui lui est tout à fait spéciale et qui captive aussitôt les amateurs. Ces héroïnes de la passion ne sont pas toujours ni très intéressantes en elles-mêmes, ni d'un caractère très relevé ; mais on peut les mettre en valeur. Or, Madame Cavalieri, on l'a remarqué de bonne heure, possède un véritable secret pour les poétiser, non seulement par le charme de sa voix, mais par la grâce de son geste et de toutes ses attitudes.

C'est à Varsovie qu'elle incarna, peu après, le troisième de ses personnages : Violetta, de la Traviata, encore une figure de passion charmeuse et de grâce mélancolique, qui compte parmi les plus vivantes de son répertoire. Elle y parut aussi dans la Bohème et les Paillasses, puis dans notre Faust, où elle fut l'adorable Marguerite qu'on imagine. Et, dès lors, les saisons se succèdent et le talent grandit. De retour en Italie, à Florence, Madame Cavalieri ajouta aux rôles précédents ceux de Manon, d'André Chénier, de Fedora, qui ne lui firent pas moins honneur, et que Ravenne, Palerme, Naples, Milan enfin applaudirent à leur tour. Le premier contact avec Milan surtout, la ville qui consacre les réputations, lui fut heureux et fécond. C'est au théâtre Dal Verme qu'elle joua Manon ; c'est ensuite au Lyrique de M. Sonzogno qu'elle fut Fedora et Thaïs. Enfin, c'est à Gênes, avec Thaïs encore, qu'elle incarna si exquisement Mademoiselle de Belle-Ile, où nous devions la voir l'an passé à Monte-Carlo.

Déjà, à cette époque, elle avait passé en revue tout ce beau répertoire à Saint-Pétersbourg, où elle va régulièrement depuis quatre ans. Mais, à Monte-Carlo, une éblouissante création lui était réservée, celle de l'Ensoleillad dans le Chérubin de M. Massenet. Nous en avons parlé ici même : son apparition subite, dégagée de la chaise à porteurs comme d'un nuage doré, était absolument inoubliable. C'était en 1905. L'année précédente, pour son début sur cette scène qui voit tant de maîtres artistes, elle avait été la touchante, l'émouvante Antonia des Contes d'Hoffmann. L'année suivante, en 1906, elle fut encore belle à ravir dans le Mefistofele de Boito, dans ce double rôle de Marguerite et d'Hélène, l'amour antique et l'amour moderne, où Orange l'avait applaudie d'abord. Enfin New-York (et Philadelphie, suivant l'usage), ont déjà, à deux reprises, fait fête à ses attachantes apparitions, soit dans les œuvres que je viens d'énumérer, soit dans Rigoletto, ainsi que dans Manon Lescaut et la Tosca de Puccini, que je n'avais pas encore nommés.

Mais j'ai hâte d'arriver à nos représentations parisiennes. On n'a pas oublié la petite saison italienne qu'avait organisée M. Sonzogno au théâtre Sarah-Bernhardt, en 1905 : Madame Cavalieri y parut dans Fedora, et ce fut pour elle, du moins devant le public parisien, comme un nouveau début, une épreuve décisive, qui lui valut un accueil particulièrement flatteur. La voix parut pure, souple et moelleuse à souhait ; mais la distinction suprême du maintien, la justesse des moindres mouvements et leur bon goût, la mobilité d'ailleurs de la physionomie, si nécessaire dans la mise en valeur de ce personnage qui doit à la fois être sincère et jouer un rôle, voilà surtout ce qui rallia tous les suffrages à cette ravissante jeune femme. Du jour où l'on put dire de Lina Cavalieri, qu'à force de talent, de vérité, de beauté d'expression, elle arrivait presque à faire oublier sa beauté physique..., elle fut vraiment sacrée grande artiste.

Oui, à suivre de près, et pour ainsi dire techniquement, la façon dont elle savait maîtriser sa voix et la guider au gré de l'expression fidèle des sentiments si variés qu'elle devait éprouver et qu'elle rendait avec tant d'éloquence, on ne pouvait que saluer le plus triomphant exemple d'intelligence, de persévérance et d'énergie.

N'est-ce pas une preuve de plus de volonté qu'elle vient de nous donner en chantant pour la première fois en français ? En attendant Roméo et Carmen, qui ne tarderont guère, nous avons retrouvé toutes nos impressions avec Thaïs, à l'Opéra, mais transposées au gré de l'époque et du personnage. Ce n'est pas un rôle facile à jouer que celui-ci, qui séduit tant de chanteuses. Je n'ai pas souvenir qu'aucune ait été aussi naturelle dans l'évolution prodigieuse qui le caractérise, ait mis autant de tact à la faire comprendre, entre la grâce légère et délicate mais déjà facilement désabusée du début et l'émotion pénétrante et sereine de la fin, entre la courtisane et la sainte. Je n'en vois aucune qui fasse mieux sentir l'attrait spécial qui se dégage de l'harmonie parfaite des gestes et de la pensée.

Au reste, cette harmonie est essentielle chez Madame Lina Cavalieri : elle est harmonieuse. Elle l'est en elle-même, de race ; elle l'est dans tout ce qui l'entoure, le choix de ses meubles anciens, de ses œuvres d'art, et leur disposition ; elle l'est sous quelque costume et dans quelque âme que ce soit... Que vous dirais-je de plus ? Elle est harmonieuse.

(Henri de Curzon, le Théatre, août 1907)

 

 

 

 

Lina Cavalieri en 1911 [photo Lorens]

 

 

 

Lina Cavalieri dans les Contes d'Hoffmann (Giulietta) à l'Opera House de New York (photo Davis & Eickemeyer) [le Théatre, décembre 1911]

 

 

 

Ce n'est pas la première fois que nous évoquons, pour nos lecteurs, cette exquise physionomie (Voyez le numéro d’août 1907). Déjà, avec une vraie joie d'artiste, j'ai essayé de la peindre sur le vif, dans la beauté sculpturale de son type de Romaine, dans la grâce naturelle et spontanée de son geste, dans le charme déli­cat ou l'éclat vibrant de sa voix, dans l'énergie indomptable de sa volonté. J'ai esquissé ses débuts dans la vie, tout parfumés de chansons et de rythmes populaires, séduisants à force de simplicité légère, attachants étrangement par on ne sait qu'elle mélancolie mystérieuse où se révélait l'âme d'artiste pénétrée d'un rêve encore impossible. Je l'ai montrée ensuite livrant décidément bataille à sa destinée, abandonnant tout succès trop facile pour l'étude isolée et persévérante, et, selon la tradition des grands Italiens, pour des années et des années de travail technique, avant de reparaître. Je l'ai suivie, des mains de Madame Mariani-Masi à celles de Jean de Reszké, et de ses trois débuts à Lisbonne, à Naples, à Varsovie, jusqu'à son apparition à l'Opéra de Paris, où s'épanouit, après Florence et Milan, Gênes et Monte-Carlo, Orange et New York, la maîtrise incontestable de son double talent de comédienne et de chanteuse.... Et j'ai conclu enfin que l'impression qui se dégage surtout de sa personne, de son art, de la poésie infinie de sa beauté, c'est qu'elle est harmonieuse.

Ce mot ne me suffirait plus aujourd'hui pour caractériser cette fière Lina Cavalieri, que son ardente volonté, autant que ses dons naturels, et son intelligence dramatique, autant que son tempérament, ont fait monter jusqu'à la plus haute place où puisse prétendre une artiste lyrique. Harmonieuse, elle l'est admirablement ; mais elle est aussi émouvante jusqu'aux larmes, à force de sincérité, à force de justesse, à force de vérité... On ramène instinctivement à une certaine évocation typique, à un certain effet scénique, les impressions qu'a suscitées en soi une artiste. Pour ma part, quand l'image de celle-ci se présente à mon esprit avec la plénitude de son éloquence et de sa beauté, c'est l'apparence de la Tosca qu'elle revêt, au second acte, dans son entrevue avec Scarpia. Tout ce que la plus belle et la plus enviée des femmes peut souffrir, dans son amour, dans sa dignité, dans sa pudeur, dans son courage, elle l'exprime avec une vérité et une mesure dont je n'ai jamais vu l'équivalent, avec un charme qui s'ignore, un pathétique qui ne se cherche pas, un goût qui n'est qu'une conséquence nécessaire. Je dirais volontiers qu'il est impossible de jouer moins mélodramatiquement une scène plus mélodramatique : on n'est plus au théâtre, mais dans la vie même.

Avec du plus ou du moins, j'en pourrais dire autant de la plupart de ses rôles. C'est à ces héroïnes de la passion, ces Mimi, ces Violetta, ces Manon, ces Marguerite, ces Adrienne Lecouvreur, ces Tosca..., qu'elle s'attache de préférence : elles ne sont pas toujours ni très intéressantes en elles-mêmes, ni d'un caractère très relevé, mais on peut les mettre en valeur. Madame Lina Cavalieri possède un véritable secret pour les poétiser, non seulement par le charme de sa voix, qui est souple, ample et sonore, mais par la beauté de son expression et cette distinction de race qui lui est vraiment spéciale et qui frappe toujours en elle dès le premier abord.

Il ne lui a été donné, jusqu'à présent, de créer réellement que bien peu de rôles, et il faut le regretter, mais en vérité, ces types qu'on a vus sous tant de formes, elle trouve moyen de donner l'impression qu'elle les renouvelle : c'est d'une artiste, s'il en fut. On s'en est bien aperçu quand elle a abordé, — ce sont ses dernières incarnations,— à New York, à Londres ou à Saint-Pétersbourg, la Manon de Puccini, Carmen, Hérodiade et même Salomé. Les visions qu'elle évoqua restèrent inoubliables, la musicalité, l'harmonie, l'eurythmie de toute son interprétation dégagèrent une pure joie d'art, le caractère de son personnage émut violemment et comme jamais....

Mais pourquoi faut-il que Paris soit toujours le dernier à l'entendre ? Ce Paris qu'elle aime, où elle a fixé ses pénates, où elle s'est ménagé un si soyeux nid d'art, harmonieux comme elle, ce Paris qui l'a tant applaudie dans les deux ou trois rôles qu'elle lui fit connaître et à qui elle échappe constamment dès qu'il croit la tenir, ne réussira-t-il donc pas à la garder un peu pour lui comme un des plus purs fleurons de sa couronne artistique ?

(Henri de Curzon, le Théatre, décembre 1911)

 

 

 

 

Lina Cavalieri dans Mefistofele (Elena) à l'Opéra de Monte-Carlo (photo Davis & Eickemeyer) [le Théatre, décembre 1911]

 

 

 

Mlle Lina Cavalieri, née à Rome, débuta tout d'abord comme danseuse dans divers ballets. Puis, ayant travaillé le chant, elle débuta au Théâtre San-Carlos de Lisbonne, en 1900, dans I Pagliacci. Elle passa ensuite à Naples, à Ravenne, Palerme, Varsovie et Saint-Pétersbourg, chantant tout le répertoire : Manon, la Vie de bohème, Faust, Rigoletto, etc.

Faisant partie de la troupe italienne qu'amena à Paris Édouard Sonzogno, elle se produisit au Théâtre Sarah-Bernhardt (1905) dans Fedora de Umberto Giordano. Joua ensuite Manon à Rome et partit à Saint-Pétersbourg.

Engagée à l'Opéra de Paris, elle se fit entendre dans les grands ouvrages du répertoire. Mlle Lina Cavalieri, depuis celle époque, a paru de nouveau sur les principales scènes du globe. Elle vient de faire avec M. Muratore une importante tournée en Amérique, où ils chantèrent en costume les scènes principales de Manon, Werther, Carmen, Roméo et Juliette, etc. Elle interpréta également des chansons napolitaines.

(Henri Focké, Célébrités de l’art lyrique, 1914)

 

 

 

 

Lina Cavalieri par Antonio de La Gandara (1912)

 

 

 

Lina Cavalieri en 1914 [photo Manuel, Paris]

 

 

Discographie

 

N° matrice N° catalogue Date d'enregistr. Compositeur Œuvre  Extrait Interprètes Accompagnement

 COLUMBIA (New York)

30347 A 5172 01-05/1910 PUCCINI (Giacomo) BOHèME (LA) "Si, mi chiamano Mimi" Lina CAVALIERI, soprano Orchestre
30372 A 5179 01/03/1910 BIZET (Georges) CARMEN Habanera Lina CAVALIERI, soprano Orchestre
30376 A 5178 24/02/1910 PUCCINI (Giacomo) TOSCA "Vissi d'arte" Lina CAVALIERI, soprano Orchestre
30378 A 5178 24/02/1910 PUCCINI (Giacomo) MANON LESCAUT "In quelle trine morbide" Lina CAVALIERI, soprano Orchestre
30396 A 5172 01/05/1910 BOITO (Arrigo) MEFISTOFELE "L'altra notte in fondo al mare" Lina CAVALIERI, soprano Orchestre
30397   23/03/1910 GOUNOD (Charles) FAUST Air des bijoux (en italien) Lina CAVALIERI, soprano Orchestre
30400 A 5179 23/03/1910 DI CAPUA (Eduardo) MARIA ! MARI !   Lina CAVALIERI, soprano Orchestre
38715 A 1434 21/03/1913 DI CAPUA (Eduardo) 'O SOLE MIO   Lina CAVALIERI, soprano Piano
38716   21/03/1913   PALOMMA MIA   Lina CAVALIERI, soprano Piano
38717 A 1434 21/03/1913 TOSTI (F. Paolo) MATTINATA   Lina CAVALIERI, soprano Piano
38718   21/03/1913   NAPULE BELLO   Lina CAVALIERI, soprano Piano

 PATHÉ (New York)

  62010 1916/1918 DI CAPUA (Eduardo) 'O SOLE MIO   Lina CAVALIERI, soprano  
  62010 1916/1918 TOSTI (F. Paolo) PENSO   Lina CAVALIERI, soprano  
  62011 1916/1918 DI CAPUA (Eduardo) MARIA ! MARI !   Lina CAVALIERI, soprano  
  62011 1916/1918 FALVO (R.) SO' TORNATO   Lina CAVALIERI, soprano  
  62030 1916/1918 MASSENET (Jules) HéRODIADE "Il est doux" (réédité sur 252, 5172) Lina CAVALIERI, soprano  
  62030 1916/1918 BIZET (Georges) CARMEN Habanera (réédité sur 252, 5172) Lina CAVALIERI, soprano  
  64010 1916/1918 LULLY (Jean-Baptiste) AU CLAIR DE LA LUNE (réédité sur 2551) Lina CAVALIERI, soprano & Lucien MURATORE, ténor  
  64010 1916/1918 MARGIS LA FORÊT DE NOËL (réédité sur 2551) Lina CAVALIERI, soprano & Lucien MURATORE, ténor  
  0247 1916/1918 GOUNOD (Charles) ROMéO ET JULIETTE Madrigal Lina CAVALIERI, soprano & Lucien MURATORE, ténor  

 DISQUE POUR GRAMOPHONE

20365 7-253051 18/04/1919 SILVESTRI DONNINE DEL GIAPONNE   Lina CAVALIERI, soprano  
20366   18/04/1919   TRIESTINA BELLA   Lina CAVALIERI, soprano  

 

 

 

 

    

 

Habanera "L'amour est un oiseau rebelle"

extrait de l'acte I de Carmen de Bizet

Lina Cavalieri (Carmen) et Orchestre

Columbia A 5179, mat. 30372, enr. à New York le 01 mars 1910

 

 

 

 

 

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