Odette CARLYLE

Odette Carlyle dans Tannhäuser (Vénus) à l'Opéra (photo Bert) [Le Théatre, février 1914]
Anna Louise CARRIER dite Odette CARLYLE
soprano français
(3 rue de la Vigilance, Lyon 3e, Rhône, 15 mars 1880* – 72 rue de Villiers, Levallois-Perret, Seine [auj. Hauts-de-Seine], 24 septembre 1952*)
Fille de Charles CARRIER (Lyon, 06 février 1853 – Lyon, 1892), employé des chemins de fer [fils de Jacques CARRIER (Lyon, 22 juin 1822 – Lyon 6e, 03 juin 1876*), tisseur], et de Marie Louise LARDET (Mâcon, Saône-et-Loire, 08 septembre 1860* – ap. 1911), mariés à Lyon 3e le 06 avril 1878*.
A Paris, elle fut élève de Berthe Köhl. En mars 1906, elle chantait à Monte-Carlo. Engagée simultanément en mai 1907 au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles et par les nouveaux directeurs de l’Opéra de Paris, Broussan et Messager, elle chanta à la Monnaie durant la saison 1907-1908 : Tannhäuser (Vénus) ; Mefistofele : Marguerite. Elle débuta au Palais Garnier le 28 septembre 1908. Elle s’est produite sur les grandes scènes de province (Lyon, etc.), notamment dans Aïda (Aïda), Cavalleria rusticana (Santuzza), les Huguenots (Valentine), l’Africaine (Selika), Tannhäuser (Vénus). Au Grand-Théâtre de Bordeaux, elle a chanté la Walkyrie (Sieglinde) les 13, 15, 24 et 29 avril 1921. On doit à Edmond Pizzella un pastel, Portrait de Mme Carlyle, de l’Opéra (1910).
En 1907, elle habitait 38 rue Damrémont à Paris 18e ; en 1911, 7 rue Andrieux à Paris 8e. En 1912, elle habitait 113 avenue de Villiers à Paris 17e, où elle était domiciliée lors de son décès en 1952, elle avait soixante-douze ans et était célibataire.
Un acte de décès avait été établi à son nom à la mairie de Lyon 3e le 17 octobre 1880*.
![]()
bottin mondain de 1942
|
Sa carrière à l'Opéra de Paris
Elle y débuta le 28 septembre 1908 dans Tannhäuser (Vénus ; 200e le 26 juillet 1909).
Elle y chanta Armide de Gluck (Phénice, 17 février 1909) ; la Walkyrie (Sieglinde, 26 avril 1909 ; 19 février 1910) ; le Crépuscule des dieux (première Norne, 07 juillet 1909).
Elle y créa le 16 février 1910 la Forêt (le Chêne) d’Augustin Savard. |

Odette Carlyle dans la Walkyrie (Sieglinde) à l'Opéra en 1910 [photo Paul Berger]

Odette Carlyle en 1914 [photo Bert]
|
Mlle Carlyle est une artiste de grand style dont la voix de falcon a une souplesse et une puissance en même temps qu’un charme incomparables. Elle est appelée au plus brillant avenir. (la Chronique mondaine, 04 mai 1907)
Une artiste de l'Opéra, Mlle Odette Carlyle, a été, hier matin, victime d’un assez grave accident. Elle se rendait vers huit heures à la gare de Lyon pour y prendre le train et, accompagnée de sa mère, elle occupait le taxi-auto 934-G-7, lorsqu’au moment où le véhicule passait boulevard Beaumarchais, le chauffeur donna un brusque coup de volant pour éviter une voiture, mais le taxi fit une embardée terrible et alla s'écraser contre un des arbres du boulevard. On s’empressa auprès des deux voyageuses qui furent transportées dans une pharmacie. Là, on constata que Mlle Odette Carlyle avait le bras gauche fracturé et une plaie profonde à la tête. La mère de la charmante artiste avait été fortement contusionnée aux jambes. Les deux blessées ont été ramenées à leur domicile, 7, rue Andrieux. (la Gazette de France, 07 avril 1911)
Mademoiselle Odette Carlyle du Théâtre national de l’Opéra Ce n'est pas sans surprise que les spectateurs du second acte de Parsifal, joué chez M. Le Lubez, voici quelques semaines, ont entendu, apprécié, acclamé enfin, une Kundry qu'ils ne soupçonnaient guère, et qui n'était autre que Mademoiselle Odette Carlyle, de l'Opéra. De l'Opéra ? Oui, elle y chante bien quatre fois par an. Elle est même titulaire de quelques rôles wagnériens, sans oublier Kundry. Mais à son numéro d'ordre, à son tour, qui ne vient presque jamais. C'est ainsi que les jeunes cantatrices, engagées pour les services incontestables qu'elles peuvent rendre, attendent indéfiniment l'occasion d'en faire la preuve devant le public, et cependant doivent mûrir dans le secret leur beau talent, et étendre pour l'amour de l'art leur répertoire. Pour l'amour de l'art !... Celles que possède cette passion forte et patiente, et qui, sans se décourager, travaillent en attendant leur heure, celles-là, et Mademoiselle Carlyle en est, méritent qu'on leur accorde une attention et une sympathie particulières. Cette jeune artiste est née à Lyon, d'une famille où les arts plastiques étaient en honneur, et où elle a puisé de bonne heure son heureux goût et sa finesse d'esprit. Dès ses années de pension, sa voix, déjà puissante et ronde, avait frappé un jeune abbé, mélomane et musicien, qui composa pour elle des cantiques et l'encouragea à développer ses dons : il est piquant que ce soit lui qui ait donné à l'enfant sa première idée de carrière lyrique. Un peu plus tard, elle entrait au Conservatoire de sa ville natale, et enlevait d'emblée le premier prix de chant. L'éminent directeur de cette école, M. Savard, qui s'était vivement intéressé à elle, lui persuada dès lors de partir pour Paris. On l'y trouve élève de Madame Berthe Kohl, avec M. Rousselière, et interprétant à ses côtés, pour la première fois, dans un concert à la salle Gaveau, Pâris et Hélène, de M. C. Saint-Saëns. Disons tout de suite qu'elle eut aussi, plus tard, de précieux enseignements de M. Delaquerrière, et du grand artiste Albert Saléza. Enfin, le 28 septembre 1908, au cours de la première année de la direction qui s'achève en ce moment, à la suite d'une brillante audition dans le personnage d'Aïda, Mademoiselle Odette Carlyle débutait, à l'Opéra, dans Vénus de Tannhäuser. Elle y fit apprécier une belle voix chaude et expressive de grand soprano, une physionomie blonde pleine de charme, un geste large, toutes qualités que ce personnage, trop souvent sacrifié, doit montrer en pleine valeur, et que peu d'artistes ont accusées comme elle. On n'oubliera pas facilement le soir de la 200e représentation, où Ernest Van Dyck avait repris, auprès d'elle, le rôle de Tannhäuser où il est resté incomparable. Quelques mois après, c'était le gracieux personnage de Phénice dans Armide, et surtout celui de Sieglinde de la Walkyrie, qui exige tant de style et de musicalité, et qui fit, par là même, le plus grand honneur à la débutante : Wagner, décidément, lui portait bonheur. Passons sur une des Nornes du Crépuscule des dieux : mais notons que l'année suivante, une belle œuvre de M. Savard, la Forêt, ayant été montée, elle y personnifia le Chêne. Il lui fut donné encore d'interpréter quelques soirs Aïda, et d'y déployer enfin à l'aise ses dons généreux, son jeu dramatique, sa voix expressive... Aucun autre rôle, depuis, ne lui a été dévolu. Aux années vides, des vacances bien remplies répondent souvent : on n'aurait qu'une idée incomplète des moyens d'une artiste, si l'on ne faisait entrer en ligne de compte ses « heures de loisir ». C'est ainsi que Mademoiselle Carlyle se fit chaleureusement applaudir : aux arènes de Béziers, dans les Hérétiques, de M. Levadé ; à Bruxelles, dans Tannhäuser ; à Vichy, dans la Walkyrie, entre Felia Litvinne et Ernest Van Dyck ; à Royan, dans Salomé, d'Hérodiade, et dans Léonor, du Trouvère ; à Monte-Carlo, dans les concerts dirigés par M. Ganne. Mais ce n'est pas tout, et la constance, l'énergie de la charmante artiste allaient subir une bien autre épreuve. En 1912, un engagement très flatteur (et qui la ravissait, car elle y voyait l'occasion d'une étude nouvelle, celle de l'école italienne) lui promettait, à la Scala de Milan, l'interprétation du rôle exquis d'Eva dans les Maîtres Chanteurs. Un accident d'automobile l'arrêta net, lorsqu'elle était sur le point de partir, et, pendant une année entière, lui interdit l'usage du bras gauche ; par suite, la scène même. Loin de se décourager, elle n'en fit pas moins, dès qu'elle put, le séjour qu'elle s'était promis en Italie, apprit la langue, étudia avec le maître De Machi, et s'assimila un répertoire qui comprenait : donna Anna, de Don Juan, Aïda, la Tosca, Cavalleria rusticana, Gioconda, et la Fille du Far West, tous, on le remarquera, rôles d'énergie et de passion. Les deux derniers, du moins, ont pu être incarnés par elle. Au cours de l'année qui vient de s'écouler, elle a fait au Canada, avec Edmond Clément, une tournée de concert dont les échos les plus louangeurs sont venus jusqu'à nous, et donné à Chicago des représentations de Gioconda et de la Fille du Far West. C'est sur cette belle performance qu'il convient de prendre congé d'elle. La voici, mieux que jamais, armée pour sa carrière. Elle chante trois langues, car j'ai oublié l'allemand ; sa voix, souple et moelleuse, se prête aux plus grands rôles lyriques ; son instinct dramatique, mûri par l'expérience, lui permet d'évoquer les figures les plus caractéristiques de la scène : l'avenir est à elle. (H. Decé, le Théatre, février 1914)
Mlle Odette Carlyle, falcon, née à Lyon, débuta à l'Opéra, en 1907, dans le rôle de Vénus de Tannhäuser ; elle chanta la Walkyrie, Aïda, la Forêt et tout le répertoire. Mlle Odette Carlyle fit ensuite de nombreuses représentations en France et à l'étranger. Elle vient de faire une grande tournée en Amérique (New York, Montréal, etc.), où elle interpréta le répertoire en français, en allemand et en italien. (Henri Focké, Célébrités de l’art lyrique, 1914)
En sus de ses leçons particulières, Mlle Odette Carlyle ouvre un cours de chant, pose de voix technique, préparation au théâtre, concert, cinéma, les mardis et vendredis, 113 avenue de Villiers. (l’Œuvre, 22 mars 1932)
|

Odette Carlyle en 1914 [photo Bert]
|
Discographie
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
"Salut, splendeur du jour... Ô mon sauveur silencieux" extraits de l'acte III de Sigurd de Reyer Odette Carlyle (Brunehilde) et Orchestre Disque Pour Gramophone 33764, mat. 15866u, et 33791, mat. 15915u, enr à Paris les 15 et 17 juin 1910
|